Le lancement de la saison cyclonique 2026 dans les Îles du Nord a pris cette année la forme d’un vaste exercice de gestion de crise. Mardi 2 juin, les Forces armées aux Antilles (FAA), les services de l’État et plusieurs partenaires ont présenté sur le terrain la phase saint-martinoise de l’exercice Caraïbes-26, un entraînement interarmées et international destiné à préparer la réponse à un cyclone majeur.
Organisé tous les deux ans, l’exercice s’est déroulé du 17 mai au 4 juin sur plusieurs territoires. Après une première phase en Martinique et en Guadeloupe consacrée à l’anticipation de la catastrophe, puis une séquence à Marie-Galante simulant une intervention dans un pays étranger touché par une crise humanitaire et sécuritaire, le scénario s’est achevé à Saint-Martin avec une situation de post-cyclone de catégorie 4.
Au total, plus de 2000 militaires, pompiers et acteurs de la sécurité civile ont participé à l’opération. Aux côtés des forces françaises, des personnels venus de Colombie, de la Barbade, de Trinité-et-Tobago ou encore du Brésil ont été associés à l’exercice global.
“L’armée est disponible pour intervenir sur le territoire national à la demande des différents préfets”, a expliqué le contre-amiral Jean-Baptiste Soubrier, commandant supérieur des Forces armées aux Antilles. Cet exercice permet de tester toute la chaîne d’intervention, de la reconnaissance du terrain jusqu’à l’acheminement des secours et des moyens logistiques.
Le préfet Cyrille Le Vély, accompagné du 1er VP de la COM, Alain Richardson, et de la gouverneure d’Anguilla, Julia Crouch, a tenu à passer un message à la population saint-martinoise : “Il faut reprendre la préparation de la saison cyclonique. Et voir comment, aujourd’hui, les forces régaliennes et les autres services s’organisent pour secourir la population et prendre en charge les personnes touchées”.
À la Belle Créole, les premières heures après la catastrophe
Le premier volet de l’exercice sur Saint-Martin se déroulait sur le site de la Belle Créole, choisi pour simuler une zone lourdement sinistrée quelques heures après le passage de l’ouragan fictif de catégorie 4.
En matinée, un hélicoptère de l’armée de l’air s’est posé en bord de plage, marquant le lancement officiel de l’exercice. Sur le terrain, militaires, pompiers de Saint-Martin, Saint-Barthélemy et Guadeloupe spécialisés dans la recherche de victimes sous décombres (USAR) et détachements venus de Sint Maarten, d’Anguilla, de Colombie et de République Dominicaine, ont travaillé côte à côte.
Le scénario prévoyait la reconnaissance de bâtiments endommagés, la localisation de victimes, leur accès, le triage, et la sécurisation de la zone afin de permettre leur évacuation.
“On envoie d’abord les forces en reconnaissance, avec le RSMA de Guadeloupe et le 33e RIMa, pour préparer le terrain et accueillir les secours”, a détaillé le colonel Laurent Grandjean, chef d’état-major des FAA et directeur de l’exercice. “Les pompiers interviennent ensuite sur la recherche de victimes” tandis que les partenaires internationaux apportent leurs compétences spécifiques. “Cet entraînement mutuel et interne, national et international, est primordial dans la région”.
Au large, deux embarcations militaires de Sint Maarten participaient à l’évacuation fictive des blessés vers Happy Bay tandis que quatre bâtiments militaires étaient engagés dans des opérations de recherche en mer.
Happy Bay, un camp de secours sorti de terre
Quelques kilomètres plus loin, à Happy Bay, un véritable camp d’assistance aux sinistrés avait été installé, complété par le module 150 permettant d’assurer l’hébergement, la restauration et les conditions d’hygiène des militaires déployés sur le terrain.
Sous les différentes tentes militaires, un poste médical avancé capable de trier et prendre en charge des militaires ou civils blessés (sur demande des autorités civiles), une cellule de commandement équipée d’outils de cartographie en temps réel (système Auxylium) afin de faire remonter les informations à l’instant T, un centre d’accueil et d’écoute géré par la Croix-Rouge/PIRAC, munis de kits d’urgence (outils) pour la population. En retrait du site, une autre tente de la sécurité civile abritait un module réfrigéré d’une capacité de 12 places destiné à la prise en charge temporaire des personnes décédées.
Au total, près de 300 personnes étaient mobilisées sur cette seule phase saint-martinoise.
Au-delà des démonstrations techniques, Caraïbes-26 a surtout permis de mesurer les progrès accomplis depuis Irma en matière de gestion de crise et de coordination régionale et internationale. Pour le contre-amiral Soubrier, “tous ces acteurs ont réussi à se coordonner, c’est un bon exercice qui donne envie d’en faire davantage, avec une remontée d’expérience”. Un exercice grandeur nature dont les enseignements serviront désormais à affiner les dispositifs de secours avant que la saison cyclonique n’entre dans sa période la plus active. _Vx