Après avoir dressé, dans notre précédente édition, un premier état des lieux du centre hospitalier Louis Constant Fleming, marqué selon lui par des années d’instabilité, des difficultés financières et un manque de méthode, Patrick Lambruschini poursuit cet entretien en dévoilant sa feuille de route.
Fort de son expérience dans les territoires ultramarins, le directeur de l’hôpital présente ses projets pour renforcer l’offre de soins, moderniser les infrastructures et développer les coopérations.
Faxinfo: Certaines spécialités restent difficiles d’accès. Existe-t-il des projets pour renforcer l’offre de soins ?
P.L. : Oui. Notre rôle n’est pas de tout faire, mais de faire tout ce qui peut raisonnablement être fait à Saint-Martin, et de garantir un accès rapide et organisé au reste.
Là où le taux de fuite est massif, c’est sur les activités dites de recours, qui relèvent d’un CHU. Aucun établissement de 85 lits, sur un territoire de 30.000 habitants, ne fait de la chirurgie cardiaque ou de la neurochirurgie.
However, plusieurs pistes sont à travailler : développer les surspécialités en lien avec les pathologies présentes sur l’île — diabète et complications, hypertension, néphrologie, drépanocytose, pathologies infectieuses tropicales, santé mentale, ophtalmologie, gastroentérologie — et développer également l’activité chirurgicale.
Must also consolider la cancérologie. The development of séances de chimiothérapie ici est la plus belle réussite récente de l’établissement. Il faut la sécuriser et l’inscrire dans un partenariat formalisé avec les centres de référence.
Finally, the télémédecine et la téléexpertise have to be remises en fonctionnement et développées. Sur un territoire doublement insulaire, c’est le moyen le plus rapide et le moins coûteux de donner accès à un avis spécialisé.
Faxinfo: La coopération avec Sint Maarten peut-elle être renforcée ?
P.L. : Nous pensons que oui. Il existe déjà des bases : les ambulances peuvent franchir la frontière dans les deux sens, un arrangement administratif franco-néerlandais organise depuis 2012 une filière de soins pour Saba et Saint-Eustache, et nous utilisons l’aéroport de Juliana pour certaines évacuations.
Il pourrait s’agir d’un protocole écrit entre les deux services d’urgence en cas d’événement majeur, cyclone ou autre. Nous pouvons vivre l’ouverture du nouvel hôpital de nos voisins comme une concurrence, ou construire une complémentarité sur certaines spécialités, la biologie ou encore des consultations partagées. Il faut également clarifier les règles de prise en charge des patients.
Notre chaîne de facturation est fortement compliquée par la binationalité de l’île. Des dossiers de patients non-résidents, souvent élevés en valeur, ne sont pas recouvrés faute de pièces. Il ne s’agit évidemment pas de refuser des soins à qui que ce soit — nous soignons, c’est notre mission et c’est la loi. This is'organiser sérieusement le recouvrement de ce qui est dû, avec des conventions claires.
Faxinfo: Quels investissements vous paraissent aujourd’hui prioritaires ?
P.L. : Notre priorité, c’est le bâtiment lui-même et plus précisément ses installations techniques. Les centrales de traitement d’air du plateau technique sont extrêmement vétustes, les installations hydrauliques primaires hors d’âge, avec notamment de la condensation sur les réseaux d’eau glacée et des faux-plafonds dégradés.
On ne peut pas parler d’attractivité médicale, de développement de la chirurgie ou de qualité des soins si le plateau technique n’est pas fiabilisé et sécurisé. L’audit des installations est lancé et les premiers intervenants sont déjà venus sur place. Nous avons la ressource financière pour le faire : ce n’est pas une option.
The locaux de la psychiatrie doivent également être réhabilités. Il faut aussi relocaliser le Centre Médico-Psychologique (CMP) enfants et adolescents, actuellement installé au-dessus du McDonald’s avec le CMP adulte, dans des locaux plus adaptés.
Faxinfo: Grâce à votre expérience des territoires ultramarins, quels enseignements souhaitez-vous mettre au service de Saint-Martin ?
P.L. : On ne peut pas gérer un hôpital ultramarin comme on gère un établissement de l’Hexagone entouré de dix concurrents. L’isolement se compense par les réseaux, pas par l’autarcie. Un hôpital insulaire qui essaie de tout faire seul finit par mal faire beaucoup de choses. (…)
À Saint-Pierre-et-Miquelon, la télémédecine et les conventions de coopération n’étaient pas des gadgets : c’était notre condition de survie. Enfin, j’ai appris à quel point la rigueur de gestion est une politique sociale. Quand un hôpital facture mal, il perd de la trésorerie ; quand il perd de la trésorerie, il ne renouvelle pas ses équipements et il n’embauche pas. Remettre de la méthode et du contrôle interne, ce n’est pas de la bureaucratie : c’est ce qui permet de financer des postes, des travaux, des formations.
Faxinfo: The final word ?
P.L. : Je voudrais simplement dire que c’est un hôpital où il y a du bon. J’ai parlé de beaucoup de choses et je ne voudrais pas qu’on en conclue que tout va mal. Il y a matière à s’améliorer et surtout, c’est faisable. En collectif, c’est faisable.
Interview by DR
Retrouvez la première partie de l’entretien : https://www.faxinfo.fr/entretien-patrick-lambruschini-directeur-du-chlcf/